« ET APRÈS … ? »

Un été à l’Entrepôt – Cie Mises en scène
Du 6 juillet au 7 août 2020

Fond d’urgence COVID-19 Fondation Abbé Pierre

Jo Participante à l’un des ateliers d’expression


Du 6 juillet au 7 aout 2020, la Cie « Mises en scène » a mené un travail de recherche avec les adhérents (et nouveaux venus), les artistes, tous ceux qui constituent le socle de l’activité de la structure tout au long de l’année.
Ces ateliers de pratiques artistiques se sont déclinés sous différentes formes (écriture, théâtre, chanson, atelier de paroles, step), ils avaient un thème commun : Le COVID, le confinement et son après…

Il s’agissait de susciter l’expression, la parole, conjurer, dépasser la peur, l’anxiété, les solitudes entrainées par cette crise sanitaire, débattre avec d’autres… Prendre de la distance et préparer « le monde d’après ».

134 personnes ont été touchées par l’action, en majorité venues des quartiers ouest mais aussi du centre ville, de Montfavet et d’autres quartiers populaires du grand Avignon.
Les groupes étaient très éclectiques et mixtes. Ainsi des enfants et adolescents ont exploré, avec des personnes retraitées ou des adultes.
Un groupe « famille » s’est également engagé dans le processus de travail durant 5 semaines.

9 artistes encadrants ont développé une recherche à partir de leurs disciplines respectives, explorant différents fils conducteurs et engrangeant de la matière visuelle, écrite et sonore.
Ils avaient la possibilité de travailler à l’entrepôt ou d’amener leurs groupes dans d’autres espaces.
Ainsi, un groupe s’est rendu au Mont Ventoux pour y admirer un lever de soleil et profiter de la vue extraordinaire de ce site. Deux autres ont visité La Chartreuse de Villeneuve les Avignon. Un 4eme groupe est allé à la ferme aux papillons…
Ces petites expéditions, prétextes à la réflexion nourrissent le travail de recherche et se prolongent par des discussions, des travaux d’écriture ou des improvisations.

Lors d’un « apéro-rencontre », nous avons invité le Pr Lepeu, ex chef du service oncologie-hématologie à l’hôpital d’Avignon et Jean Pierre Burlet, journaliste à radio France, à exposer leurs visions de la situation sanitaire et médiatique actuelle. Ils ont longuement échangé avec le public présent.


« Le monde est entré en nous ; Tous ces morts ! Des milliers de gens en une journée, c’est le monde entier qui part. Ca va arriver bientôt à notre tour… »
Na. 30 ans

« On a rien compris, on entendu que des oiseaux ; je sais pas d’où ils sortaient tous ces oiseaux.
Les oiseaux, les hirondelles, le merlin. J’étais contente d’entendre ça. J’en avais marre d’entendre crier.
Mon balcon, je l’ai squatté : j’ai vu tout le monde ! Les femmes et les enfants battus, j’ai appelé les flics et tout… Ca je pouvais plus l’entendre ça…
Oi. 46 ans

« Le fait qu’on soit confinés tous ensemble, ma femme, moi et mes 2 enfants, j’ai trouvé ça splendide. Ca nous a permis de nous rapprocher, c’était tremblant, le couple était tremblant. Du coup, c’est bien reparti !
Gi. 40 ans

Les temps de recherche artistique

1ere semaine (6 au 13 juillet):
Mardjane Chemirani et David Richard : Création de chansons, textes, mélodies, instrumentales.
Mourad Bouhlali : Théâtre, impros, récolte de paroles et photos de confinement. (Chaises solitaires et pas de porte).
Cheikh Sall : Théâtre, écriture, flashmob théâtrale, percussions corporelles.
Michèle Addala et Mylène Richard : Discussions, échangse et récolte de paroles.
Mélanie Chouteau : Théâtre et écriture.
Pascal Billon : Discussions, interviews/récolte de paroles, écritures.

« On a vu des cellules avec des jardins isolés
Je n’aime pas cette ambiance
Car on est face à la solitude
On a vu aussi que les moines vivaient ici
Et que dès qu’ils apprenaient qu’il y a une maladie
Ils se confinaient tous seuls. »
Cha. 12 ans

« Un jour, on ne sera plus jamais libre.
Voir la peur dans les yeux des gens, ils ont peur des autres, ils ont peur de tout, ils ont peur d’eux même.
Tu mets la peur dans la tête des gens et du coup, on peut plus réflechir, et le gouvernement il peut faire des lois pour qu’on reste bien soumis. »
AD. 16 ans

Seconde semaine (13 au 17 juillet) :
Mardjane Chemirani et David Richard : Tournage de clips des chansons travaillées /restitution le vendredi 17.
Mélanie Chouteau : Théâtre et écriture, lever de soleil au Mont Ventoux.
Cheikh Sall : Théâtre, écriture, flashmob théâtrale, percussions corporelles et visite de la chartreuse, notamment les cellules de « confinement » de moines.
Michèle Addala et Mylène Richard : Discussions, échanges et récolte de paroles.
Cécile Etcheto : Théâtre et écriture.


« Sur Facebook, Instagram ou Tik Tok, tous les jours, je voyais des gens être confinés dans des maisons avec jardins, piscine, le barbecue… C’était les vacances ! Arrêtez les gens, de vous afficher. Moi, j’ai un tout petit appartement avec un minuscule balcon avec vue sur la route avec mes parents. » Cy. 16 ans

« J’ai pas d’avenir comme avant depuis que je suis restée toute seule »
Na. 50 ans

« Mon premier sentiment, la colére ! Alors je dormais et j’allais sur les sites de rencontres. Je mettais mon canapé face aux étoiles, je regardais le ciel et je faisais des vœux… »
Am. 35 ans

Troisième semaine (20 au 24 juillet)
Mourad Bouhlali : Théâtre, impros, récolte de paroles et photos de confinement. (Chaise et pas de porte).
Cheikh Sall : Théâtre, écriture, flashmob théâtrale, percussions corporelles.
Silvia Cimino : Danse, espace et mouvement, restitution le vendredi 24.
Michèle Addala et Mylène Richard : Discussions, échanges et récolte de paroles/1er jeux d’improvisation
Pascal Billon : Discussions, interviews/récolte de paroles, travail de montage et d’interprétation à partir des paroles et écrits.
Cécile Etcheto : Théâtre et écriture.


« Alors, voilà, avec ceux qui sont passés, enfants, ados, adultes, on a exploré du quotidien du confinement (la solitude, les proches, les informations, les courses, les attestations…) jusqu’aux questions plus politiques voir philosophiques que cette période a révélée ou pas) ; on a parlé de toutes les émotions qui nous ont traversées ; on a joué (sur scène), on s’est raconté nos galères et les instants de grâces dont nous avons été témoins ; on a parlé bouffe, on s’est transformé en virus, on s’est évadé, on a contemplé, on s’est marré (beaucoup), on a ramassé des cailloux au mont Ventoux et on s’est interrogé, sur le monde d’après… » Mélanie Comédienne intervenante


4eme semaine (27 juillet au 2 aout)
Mourad Bouhlali : Théâtre, impros, récolte de paroles et photos de confinement. (Chaise et pas de porte).
Silvia Cimino : Danse, espace et mouvement, restitution le jeudi 30.
Cheikh Sall : Théâtre, écriture, flashmob théâtrale, percussions corporelles.
Michèle Addala et Mylène Richard : Discussions, échanges, improvisations théâtrales.
Pascal Billon : Restitution du travail le mercredi 29.
Apéro-Rencontre avec le Pr Lepeu et Jean Pierre Burlet, le jeudi 30, en compagnie d’environ 25 personnes.


5eme semaine (du 3 au 7 aout)
Silvia Cimino, Cheikh Sall, Mourad Bouhlali et Mélanie Chouteau : Séances de travail avec un groupe de 12 personne. Forme éphémère montée sous forme de cadavre exquis. Restitution le vendredi 7.
Michèle Addala et Mylène Richard : Discussion, échange, théâtre et récolte de paroles.
Mourad Bouhlali : Théâtre, impros et step.
Cheikh Sall : Théâtre, écriture, flashmob théâtrale, percussions corporelles.


« Et l’amour dans tout ça ? Reveillez vous !
Jo. 52 ans

 

Images et paroles

 


« Macron a dit que l’école s’arrêterait le lundi et on a tous compris qu’un confinement allait arriver.
J’écoutais beaucoup la radio, France Info. C’était le printemps qui commençait. J’entendais beaucoup parler de jardinage, de nature. Du coup, je me suis mis a faire pousser des plantes pour faire rentrer la nature à l’intérieur de la maison. Je faisais germer mes petites graines. »
Ha. 14 ans

« Les policiers. J’avais peur de me faire arrêter. J’avais peur de ne pas trouver ce que ma mère me disait d’acheter. Il n’y avait plus de farine, plus d’huile dans les magasins ? CA stressait. Et puis ma mère quand elle gueule, ca fait peur !
Ry . 10 ans

« Je me sens inutile.
Ils nous ont traité comme des enfants.
Aux infos, ils rabâchaient toute la journée les mêmes choses.
Ils sont censés nous rassurer.
Nous valons mieux que ça. » Joce. 61 ans

« J’ai pas d’avenir comme avant depuis que je suis restée toute seule »
N. 55 ans

« Mon premier sentiment, la colére ! Alors je dormais et j’allais sur les sites de rencontres. Je mettais mon canapé face aux étoiles, je regardais le ciel et je faisais des vœux… » Am. 35 ans

« Est ce qu’on a vraiment le droit à la liberté, est ce qu’on a le droit de manifester ? Les gilets jaunes c’est bien, mais ça tient pas dans la durée… Y’a pas de liberté, pas d’égalité mais il y’a eu de la solidarité. Il faudrait pas qu’on en reste là et que les gens se défendent des autres. »
Az. 37 ans

« Un jour, on ne sera plus jamais libre.
Voir la peur dans les yeux des gens, ils ont peur des autres, ils ont peur de tout, ils ont peur d’eux même.
Tu mets la peur dans la tête des gens et du coup, on peut plus réflechir, et le gouvernement il peut faire des lois pour qu’on reste bien soumis. »
Mo. 19 ans


« A la fin, on mangeait que des pois chiches et des lentilles. »
RI. 9 ans

« J’ai dit : Madame, l’ordinateur on en a pas, les devoirs c’est pas la peine ! » F. 42 ans


« Soutenue moi ! Personne m’a appelée et d’abord, je réponds pas au téléphone. »
Ro. 48 ans

« Cette période m’a vieillie, je voudrais servir à quelque chose, j’ai envie de bouger, j’ai envie de changer quelque chose dans ma vie pour offrir des choses à ma fille et au moins, je pourrais manger bien. » Fa. 30 ans

« Ça a changé beaucoup de choses ce confinement, beaucoup de jeunes ils sont devenus tous gentils. J’ai pas compris moi. Quand j’allais acheter mon pain sur La Rocade, ils me disaient : Bonjour Monsieur. C’est bien ça !
No. 56 ans

« Je l’ai pas vu le confinement. Pour moi, rien ne s’est passé, dans ma tête c’est vide là-dedans, c’est l’océan. »
Oi. 46 ans.

« Mes enfants, comment faire pour les protéger de la violence du monde et en même temps pour les préparer. »
Da. 27 ans

Quel est le sens de ce projet d’été ?

Réactions des participants

« Ça m’a permis d’échanger, ça relâche la charge qu’on a. Ces moments de partage de différentes façons, ça allège… » HA. 14 ans

« C’est difficile de revenir sur des trucs durs à vivre mais ce qui en est sorti grâce à la démarche de l’entrepôt, on est contents, on aimerai que ça dure plus longtemps… et on attend que ça recommence ! » Na. 42 ans

« Il est relâché, il est pas comme avant, ça lui a fait du bien, il est bien, relâché… »
Maman de R. 10 ans

« Avec peu de matière on a toujours pu faire quelque chose sur le plateau. Bien de créer, faire de la scène…
Ça m’a permis d’évacuer, de mettre des mots dessus, libérateur… »
Ce. 17 ans

On était assidu, écoute des consignes. Pas toujours facile mais intéressant pour la réflexion. Libérateur de faire du théâtre… Th. 32 ans

« A la maison, tu joues à la play, ton cerveau il te lâche. Ici tu te concentres et ton cerveau il te lâche pas. Je monte en 6eme, ma tête avait tout oublié, et là, je crois que je vais pas oublier. » Ra. 11 ans

« Vous m’avez sauvé mon mois de juillet, je me sentais seule et abandonnée. Grace à vous, mon cœur a battu la chamade, j’avais enfin un but en me levant. » Jo 45 ans

« Là j’ai passé un mois à l’entrepôt, et sinon je serais resté à la maison. J’aurais peut-être été à la piscine 1 jour ou 2… » Do 17 ans

« Ça a fait du bien de voir la vie, de revoir tout le monde. Tout garder, ça rend malade, on pu se libérer de nos émotions, retrouver les gens, jouer, de nouveau s’éclater.
Ce. 41 ans

« Ça nous a rapproché, avec ma fille ça nous a rapprochés je trouve, elle est en pleine crise d’adolescence, ça nous a fait du bien de jouer ensemble.
Dji. 49 ans

« J’ai été choqué par ce virus, je me sentais qu’on allait en guerre, j’avais pas d’espoir, j’étais trop angoissé. J’avais du mal à sortir, je me disais, peut être quelqu’un va me kidnapper… Tout ça ça m’a permis de sortir enfin de chez moi.
Fa. 30 ans

« Ce mois de juillet 2020, Une idée généreuse naît à l’Entrepôt : parler danser, chanter, jouer, improviser, écrire, dessiner, photographier des rues ou endroits déserts.
Ce lieu va vivre des moments intenses avec des enfants, des adolescents, des adultes ensemble par groupes de 5 à 10 participants, en respectant les consignes des gestes barrières.
L’expression est libre, parfois douloureuse ou teintée de colère, très pudique parfois.
Certain.e.s ont su profiter de cet enfermement forcé, d’autres l’ont subi, la plupart.
Pendant ces 5 semaines, chacun.e. a pu se libérer de ses peurs, ses interrogations, incompréhensions, et surtout retrouver une convivialité, des rapports chaleureux entre les gens et enfin se rencontrer. »
Ca. 73 ans

Cécile Coulon, extrait de « Rester ainsi »