L’ETE

de Romain Weingarten

Création 2007
   « L’ÉTÉ » se déroule dans un jardin. On y croise un garçon, une fille, deux chats, une mouche, deux oiseaux et un lézard. Précisons que les chats ont la parole et ont figure humaine, que Manon la mouche écrit des poèmes sur des mégots de cigarette, qu’Honorine et Edgar sont des noms d’oiseaux et qu’enfin Daisy est un lézard très peinard. Alors que le monde qui nous entoure quotidiennement semble défini une fois pour toutes, le regard de Weingarten contrarie la banalité supposée des apparences. Pour autant, son jardin n’abrite ni merveilles ni féeries, on s’y reconnaît. Il y sera question de guerre de terrains, de territoires, de la fugacité du sentiment et de son apprentissage, des ressorts du désir et du jeu face à la séparation et à l’absence. Entre Prévert et Lewis Caroll, Weingarten s’amuse à apprivoiser le monde, son mystère et sa mélancolie. Souffle dans cette pièce un « esprit d’enfance », c’est-à-dire de la subversion et du déraisonnable, qui la rend très attractive. Un esprit qui s’oppose à ce qui est machinal, à ce qui ne se remarque plus, à ce qui est convenu. Weingarten fait le bon choix devant l’énigme de la vie : notre langue au chat !  Agnès Régolo


L’histoire
Dans un jardin, deux chats, à figure humaine, veillent et surveillent un jeune homme et sa sœur. Actifs mais à nos yeux invisibles d’autres protagonistes : une mouche, un lézard, deux oiseaux. Au fond, dans la maison, séjourne un couple d’amants qu’on ne verra pas et dont on ne saura rien. En six jours et six nuits, on bavarde, on disserte, on menace, on surveille, on vit, on s’y exerce.

 Extrait
Troisième jour. Les deux chats, Sa Grandeur d’Ail et Moitié Cerise. Sa Grandeur d’Ail regarde fixement un point de la table.

Sa Grandeur d’Ail    – Vous appelez ça…
Moitié Cerise             – Une mouche.
Sa Grandeur d’Ail    – Ah ! … Elle me regarde.
Moitié Cerise             – Vous la connaissez ? …Elle s’appelle comment ?
Sa Grandeur d’Ail    – Hm ?
Moitié Cerise             – S’appelle comment ?
Sa Grandeur d’Ail    – Quelque chose comme Mina, Manon. Je n’ai pas bien entendu. (D’un revers de la main, Moitié Cerise tente de l’attraper) …Non.
Moitié Cerise             – Comment non !
Sa Grandeur d’Ail    – Je ne vous permets pas de l’attraper.
Moitié Cerise           – Oh, je vous la laisse. La voilà …Tiens, elle me regarde… C’est vrai qu’elle a de gros yeux …   brrr !
Sa Grandeur d’Ail     – Non, c’est moi qu’elle regarde. Elle vous trouve moche.
Moitié Cerise            – Attrapez-là !
Sa Grandeur d’Ail    – Non.
Moitié Cerise             – Pourquoi ?
Sa Grandeur d’Ail    – Je l’aime.Silence.
Moitié Cerise             – Fichtre ! Ah bon. Moi, elle me flanque le trac !
Sa Grandeur d’Ail    – Avez-vous déjà aimé ?
Moitié Cerise             – Ça…
Sa Grandeur d’Ail    – Vous devriez voir un psychanalyste. 

L’auteur
Romain Weingarten est né à Paris en 1926 d’un père polonais et d’une mère bretonne, tous deux peintres. Il disparaît en juillet 2006. Auteur de pièces à l’univers insolite, s’inscrivant dans un courant d’humour absurde où se mêlent violence et fantastique (« Les Nourrices », « Alice dans les jardins du Luxembourg », « La Mort d’Auguste »…), Romain Weingarten a su inventer des atmosphères étranges où tout peut arriver, mais où tout n’est pas montré ; rapprochant le quotidien de l’insolite dans un climat surréaliste.

« Weingarten est de la famille de Dubillard, de Gombrowicz ou Mrozec, c’est-à-dire de ceux qui vivent dans leur subjectivité la réalité objective de ce monde monstrueux, catastrophique. » Ionesco

La pièce « L’ÉTÉ » fut créée en 1966 à Paris dans une mise en scène de J. F Adam, avec Weingarten lui-même dans le rôle d’un des deux chats, elle connut alors un vif succès. Elle sera jouée pendant deux ans et presque unanimement applaudie. « L’ÉTÉ » fut reprise entre autres par Gildas Bourdet en 1991.
 

« Il y a ce qu’on voit et il y a ce qu’on ne voit pas. Sans cela, on ne pourrait pas jouer. »     « L’ÉTÉ » fin du troisième jour

distribution 

avec : Pascal Billon, Mourad Bouhlali, Kristof Lorion, Catherine Monin

Mise en scène Michèle Addala
Assistanat à la mise en scène Agnès Régolo
  

Scénographie et lumières : Erick Priano
Musique : Nicolas Chatenoud

Administration : Nicole Hullein
Relations presse : Eve Ferragut

 production

Cie Mises en Scène
ADAMI
Culture – communication
Conseil Régional PACA
Ville d’Avignon
Département de Vaucluse 

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